Journaliste condamné pour avoir divulgué la présence d’un enfant témoin lors d’un double homicide : la restriction de la liberté d’expression n’était plus apte car l’information avait déjà été publiée avant l’injonction (art. 292 CP)
- BGE / ATF / DTF
- ATF 147 IV 145 · BGE 147 IV 145 · DTF 147 IV 145
- Date
- 06.01.2021
- Numéro de dossier
- BGE 147 IV 145
- Issue
- Admis
Normes déterminantes
Art. 292 CP Art. 63 CPP Art. 69 CPP Art. 70 CPP Art. 80 CPP Art. 339 CPP Art. 382 CPP Art. 387 CPP Art. 393 CPP
Résumé
Un journaliste a été condamné pour avoir enfreint une injonction du tribunal criminel interdisant la divulgation d’informations concernant la présence d’un enfant témoin lors d’un double homicide. Il a formé un recours devant le Tribunal fédéral, contestant la validité formelle et matérielle de l’injonction ainsi que la proportionnalité de la restriction de sa liberté d’expression. La cour cantonale avait confirmé sa condamnation, estimant que l’injonction était valide et que la restriction était justifiée par la protection de la personnalité de l’enfant. Le Tribunal fédéral devait donc statuer sur la conformité de cette condamnation aux normes constitutionnelles et procédurales applicables.
Le Tribunal fédéral a admis le recours et annulé le jugement cantonal, ordonnant l’acquittement du journaliste. La condamnation fondée sur l’article 292 CP était inadmissible car le but poursuivi — empêcher la divulgation de la présence de l’enfant témoin — n’était plus réalisable : le journaliste avait déjà publié cette information dans un article mis en ligne à 11 h 23, soit avant que le tribunal criminel ne prononce oralement, à 12 h 05, son injonction assortie de la menace de l’article 292 CP. Ainsi, la règle de l’aptitude, exigée par les articles 5 al. 2 et 36 Cst. pour toute restriction d’un droit fondamental, n’était pas remplie. Bien que la décision du tribunal criminel ait été jugée valable sur le plan formel (articles 70 al. 1 et 3 CPP, 80 al. 3 CPP, 339 CPP, 65 al. 1 CPP, 15 CPP, 16 CPP, 17 CPP, 18 CPP, 19 CPP, 23 CPP, 292 CP, 70 al. 1 StPO, 70 al. 3 StPO, 80 al. 3 StPO), et que le but de protéger la personnalité de l’enfant fût légitime (articles 16 et 36 Cst., 10 CEDH), la sanction n’avait plus de fonction préventive ni dissuasive. Le Tribunal fédéral a également confirmé que le juge pénal ne pouvait pas réexaminer librement la légalité de la décision judiciaire (article 292 CP), mais cela n’a pas empêché l’annulation puisque l’atteinte à la liberté d’expression manquait d’aptitude. Les frais et dépens ont été mis à la charge de l’autorité cantonale. Cette décision est notable car elle clarifie que la commination pénale prévue à l’article 292 CP ne peut valablement sanctionner une conduite qui, en raison d’une publication antérieure, ne remet plus en cause l’objectif légitime poursuivi par l’injonction.
Regeste
a Art. 292 StGB, Art. 70 Abs. 1 und Abs. 3, Art. 80 Abs. 3 StPO; formelle Gültigkeitsvoraussetzungen und Tragweite eines Beschlusses, welcher den Zugang von Gerichtsberichterstattern zu einer unter Ausschluss der Öffentlichkeit geführten Verhandlung unter der Strafandrohung des Art. 292 StGB nur bedingt zulässt. Wird eine Gerichtsverhandlung gestützt auf Art. 70 Abs. 1 StPO unter Ausschluss der Öffentlichkeit durchgeführt, kann der Zutritt der Gerichtsberichterstatter zu den Verhandlungen nach Art. 70 Abs. 3 StPO zwecks Wahrung berechtigter Interessen und unter Beachtung des Grundsatzes der Verhältnismässigkeit mit bestimmten Auflagen verbunden werden, deren Nichteinhalten zum Ausschluss von der Verhandlung führen kann. Der Vorentscheid, welcher den Medienvertretern, die zu Verhandlungen unter teilweisem Ausschluss der Öffentlichkeit zugelassen sind, die Berichterstattung über bestimmte Informationen untersagt, ist ein verfahrensleitender Beschluss (Art. 80 Abs. 3 StPO), der weder gesondert ausgefertigt noch begründet werden muss, sondern im Protokoll vermerkt und den Parteien in geeigneter Weise, insbesondere auch mündlich, eröffnet werden kann. Diese Mitteilungsmodalitäten und die fehlende Rechtsmittelbelehrung vermögen die Gültigkeit des mit der Strafandrohung im Sinne von Art. 292 StGB versehenen Beschlusses, welcher einem superprovisorischen Entscheid ähnelt, nicht in Frage zu stellen (E. 1). Regeste b Art. 292 StGB; Überprüfung des unter Hinweis auf die Strafandrohung nach Art. 292 StGB ergangenen Beschlusses. Liegt ein nach Art. 292 StGB strafbewehrter strafrichterlicher Beschluss, gegen welchen keine Beschwerde geführt wurde, vor, kann das für die Beurteilung der Widerhandlung gegen Art. 292 StGB zuständige Gericht dessen Rechtmässigkeit, ungeachtet der im Beschluss fehlenden Rechtsmittelbelehrung, nicht frei überprüfen (E. 2.2). Regeste c Art. 16 und 36 BV, Art. 10 EMRK; Verhältnismässigkeit des Eingriffs in das Recht auf freie Meinungsäusserung. Der Beschwerdeführer wurde verurteilt, weil er trotz der mit einer Strafandrohung nach Art. 292 StGB versehenen richterlichen Anordnung Informationen veröffentlicht hatte, welche die Persönlichkeit eines der Kinder des Angeklagten betrafen. Da er diese Informationen jedoch bereits vor der richterlichen Anordnung publik gemacht hatte, war die Beschränkung seiner Meinungsäusserungsfreiheit nicht mehr geeignet, den angestrebten Zweck zu erreichen (E. 2.4.4). Regeste a Art. 292 CP, art. 70 al. 1 et al. 3, art. 80 al. 3 CPP; conditions formelles de validité et portée d'une décision n'autorisant que conditionnellement l'accès des chroniqueurs judiciaires à des débats à huis clos sous la menace de l'art. 292 CP. Lorsqu'un huis clos est prononcé sur la base de l'art. 70 al. 1 CPP, l'art. 70 al. 3 CPP permet, afin de garantir des intérêts légitimes et dans le respect du principe de proportionnalité, de poser des conditions à la présence des chroniqueurs judiciaires, dont le non-respect peut entraîner l'exclusion de l'audience. La décision préjudicielle interdisant aux représentants des médias, admis à assister à des débats tenus à huis clos partiel, de faire état de certaines informations est une décision d'instruction (art. 80 al. 3 CPP), qui ne doit pas nécessairement être rédigée séparément ni motivée mais peut être consignée au procès-verbal et notifiée aux parties de manière appropriée, notamment par oral. En tant qu'elle incluait la commination au sens de l'art. 292 CP, ni ce mode de communication, ni l'absence d'indication des voies de recours n'ont affecté la validité de la décision, qui s'apparentait à une décision de nature superprovisionnelle (consid. 1). Regeste b Art. 292 CP; contrôle de la décision assortie de la menace des peines prévues par l'art. 292 CP. Nonobstant l'absence d'indication des voies de recours, en présence d'une décision rendue par un juge pénal et contre laquelle un recours n'a pas été formé, le tribunal chargé d'appliquer l'art. 292 CP ne peut revoir librement la légalité de celle-ci (consid. 2.2). Regeste c Art. 16 et 36 Cst., art. 10 CEDH; proportionnalité de l'atteinte portée à la liberté d'expression. Le recourant ayant été condamné pour avoir rendu publiques des informations touchant à la personnalité de l'un des enfants du prévenu après que la commination au sens de l'art. 292 CP lui eut été adressée, cependant qu'il avait déjà rendu ces informations publiques auparavant, la restriction à sa liberté d'expression n'était plus apte à atteindre le but visé (consid. 2.4.4). Regesto a Art. 292 CP, art. 70 cpv. 1 e cpv. 3, art. 80 cpv. 3 CPP; condizioni formali di validità e portata di una decisione che consente solo condizionatamente ai cronisti giudiziari di assistere ad udienze non pubbliche sotto comminatoria dell'art. 292 CP. Quando le udienze si svolgono a porte chiuse sulla base dell'art. 70 cpv. 1 CPP, l'art. 70 cpv. 3 CPP permette, per garantire degli interessi legittimi e nel rispetto del principio della proporzionalità, di subordinare la presenza dei cronisti giudiziari a delle condizioni, la cui inosservanza può comportare l'esclusione dall'udienza. La decisione pregiudiziale che vieta ai rappresentati dei media, autorizzati ad assistere a delle udienze in parte a porte chiuse, di riferire determinate informazioni costituisce un'ordinanza ordinatoria (art. 80 cpv. 3 CPP) che non necessita né di una stesura separata né di una motivazione, ma può essere annotata a verbale e comunicata alle parti in modo appropriato, segnatamente oralmente. Né tale modo di comunicazione né l'assenza dell'indicazione dei rimedi giuridici hanno inficiato la validità dell'ordinanza contenente la comminatoria giusta l'art. 292 CP, che era simile a una decisione di natura supercautelare (consid. 1). Regesto b Art. 292 CP; controllo della decisione emanata sotto comminatoria della pena prevista dall'art. 292 CP. Il tribunale chiamato ad applicare l'art. 292 CP non può esaminare liberamente la legalità della decisione resa da un giudice penale e non impugnata con un ricorso, benché priva dell'indicazione dei rimedi giuridici (consid. 2.2). Regesto c Art. 16 e 36 Cost., art. 10 CEDU; proporzionalità dell'ingerenza nella libertà di espressione. Il ricorrente è stato condannato per aver reso pubbliche delle informazioni relative alla personalità di uno dei figli dell'imputato dopo che gli era stato comunicato un divieto in tal senso sotto comminatoria dell'art. 292 CP. Poiché aveva già divulgato tali informazioni in precedenza, la limitazione della sua libertà di espressione non era più idonea a raggiungere lo scopo prefissato (consid. 2.4.4).
Décision originale auprès du tribunal ↗
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