Ministère public vaudois conteste la nullité d’une plainte pénale déposée par une banque pour violation de domicile et dommages à la propriété : recours irrecevable car seul le plaignant a qualité pour recourir sur la validité de sa plainte (art. 81 al. 1 let. b LTF)
- BGE / ATF / DTF
- ATF 151 IV 98 · BGE 151 IV 98 · DTF 151 IV 98
- Date
- 21.11.2024
- Numéro de dossier
- 6B_696/2023
- Cour
- I. Strafrechtliche Abteilung
- Issue
- Irrecevable
Normes déterminantes
Résumé
Le Ministère public central du canton de Vaud a formé un recours devant le Tribunal fédéral contre un arrêt de la Cour d’appel pénale du Tribunal cantonal vaudois qui avait rejeté son appel contre un jugement de première instance libérant sept personnes des chefs d’accusation de dommages à la propriété et de violation de domicile. La cour cantonale avait retenu que la plainte pénale déposée par H.________ AG, une banque, était invalide. Le Ministère public soutenait que cette plainte était valable et demandait la condamnation des personnes concernées. Les intimés ont conclu à l’irrecevabilité du recours, subsidiairement à son rejet. La question centrale était de savoir si le Ministère public avait qualité pour recourir devant le Tribunal fédéral afin de contester la validité d’une plainte pénale déposée par une tierce partie.
Le Tribunal fédéral déclare le recours irrecevable. Il retient que, contrairement à la procédure cantonale régie par le Code de procédure pénale (CPP), la loi sur le Tribunal fédéral (LTF) impose à toutes les parties — y compris le ministère public — de justifier d’un intérêt juridiquement protégé pour former un recours en matière pénale, conformément à l’art. 81 al. 1 let. b LTF. Or, les infractions de violation de domicile et de dommages à la propriété sont poursuivies sur plainte (art. 30 CP), et le droit de porter plainte est strictement personnel et intransmissible (art. 33 al. 1 CP). La plainte pénale constitue donc une condition d’ouverture de l’action pénale, relevant exclusivement de la volonté du lésé. Le ministère public n’a dès lors aucun intérêt juridiquement protégé à contester la validité de la plainte déposée par H.________ AG, puisqu’il ne peut se substituer au plaignant ni agir pour son compte. Cette question relève exclusivement de la maîtrise du lésé sur l’exercice de l’action pénale. Le Tribunal fédéral souligne que l’art. 81 al. 1 let. b ch. 6 LTF reconnaît expressément au plaignant la qualité pour recourir lorsque la contestation porte sur le droit de porter plainte, ce qui confirme que le ministère public n’est pas habilité à intervenir sur ce point. En conséquence, le recours du ministère public est irrecevable. Le Tribunal fédéral statue sans frais judiciaires (art. 66 al. 4 LTF) et condamne le canton de Vaud à verser à chacun des sept intimés une indemnité de dépens de 500 francs (art. 68 al. 2 LTF). Cette décision précise de manière claire et contraignante la limite de la légitimation du ministère public dans les affaires de plainte pénale, renforçant le caractère personnel et exclusif du droit de déposer plainte.
Regeste
Art. 81 Abs. 1 lit. b Ziff. 3 BGG; Beschwerdelegitimation der Staatsanwaltschaft; Gültigkeit des Strafantrags. Die Staatsanwaltschaft ist in Bezug auf die Frage der Gültigkeit des Strafantrags nicht zur Beschwerde an das Bundesgericht legitimiert (E. 1.2).
Décision originale auprès du tribunal ↗
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